5 clés pour analyser les élections en France

Plus de 48 millions de Français appelés à voter le 10 avril (REUTERS)

Si les urnes sont acceptées, les électeurs français entameront le processus en deux étapes pour élire un président ce dimanche 10 avril.

Beaucoup de choses ont changé depuis qu’Emmanuel Macron est devenu président en 2017 : une pandémie mondiale et un incendie majeur en Europe sont en tête de liste. Cependant, le vote devrait entraîner une nouvelle confrontation entre Macron et la challenger d’extrême droite Marine Le Pen, malgré la présence de nouveaux visages dans la campagne. Un deuxième tour de scrutin est prévu le 24 avril.

La conversation a publié un guide sur ce qu’il faut rechercher lors des élections par Garrett Martin de l’American University.

1- Quand un vote national ne suffit pas

Le 10 avril n’est que le premier d’une série de votes qui auront lieu en France dans les prochaines semaines. Au premier tour de l’élection présidentielle, les électeurs choisiront entre 12 candidats officiels, dont les favoris Macron et Le Pen.

Si aucun candidat ne recueille plus de 50% des suffrages – un résultat très probable – les deux principaux candidats se qualifieront pour un second tour prévu le 24 avril. Lors de ce second tour, le candidat ayant obtenu le plus de voix devient Président.

Mais le vote ne s’arrêtera pas là. Le public français est rappelé aux urnes lors de deux tours des élections législatives actuellement prévus les 12 et 19 juin..

Ces élections législatives sont tout aussi cruciales que l’élection du Président. Celui qui remportera la présidence devra obtenir une majorité de soutien au Parlement pour mettre en œuvre son programme.

Mais si Macron est réélu, il pourrait être tenté de dissoudre le parlement le lendemain, ce qui signifierait tenir les élections deux semaines plus tôt que prévu. Cela pourrait hypothétiquement lui donner l’occasion d’utiliser l’élan de l’élection présidentielle pour élire un parlement conforme à son programme.

2- La disparition du mainstream

Une chose importante à garder à l’esprit lors du premier tour de scrutin est la performance – ou la faiblesse – des principaux partis français.

Jusqu’en 2017, la politique française était dominée par deux partis : le Parti socialiste de gauche et les Républicains conservateurs. Les candidats de l’un ou l’autre de ces deux partis ont remporté toutes les élections présidentielles depuis 1958.

Les 12 candidats à l'élection présidentielle française de 2022 (REUTERS)
Les 12 candidats à l’élection présidentielle française de 2022 (REUTERS)

Et puis est venu le tremblement de terre politique de 2017. Lors de ces élections, aucun parti ne s’est même qualifié pour le second tour de scrutin. Le candidat Les Républicains a été poussé au second tour par Le Pen et le candidat socialiste a tout juste réussi à engranger plus de 6 % des suffrages.

En 2017, Emmanuel Macron s’est imposé au premier tour et s’est qualifié pour le second tour. Il l’a fait à la tête d’un nouveau parti, La République En Marche. Se positionnant au centre de l’échiquier politique, Macron a aspiré l’oxygène des deux grands partis.

cinq ans plus tard les sondages confirment la disparition de ces deux partis politiques jusqu’alors dominants. Sauf grosse surprise, le Parti socialiste et Les Républicains seront à nouveau éliminés du second tour. Les prévisions actuelles supposent que moins de 10 % des électeurs voteront pour Valérie Pécresse des Républicains et un peu moins de 2 % pour Anne Hidalgo, la maire socialiste de Paris.

Un résultat désastreux au premier tour pourrait signifier la fin de ces deux matchs.

3- Et la montée des extrêmes

La conquête du centre politique par Macron n’est que la moitié de l’histoire. La disparition des partis traditionnels en France a été facilitée par la montée des extrêmes politiquesavec plus d’électeurs gravitant vers l’extrême gauche et l’extrême droite.

Mais pour la première fois dans l’histoire politique récente de la France Le champ d’extrême droite est divisé entre deux candidats, le vétéran espoir présidentiel Le Pen et Eric Zemmourun expert de la télévision et journaliste qui se présente aux élections de 2022 en tant qu’insurgé d’extrême droite.

Dans un vote à un seul passage, une telle scission pourrait nuire aux chances de succès électoral de la droite, mais ce n’est pas le cas ici. Selon les sondages, Le Pen et Éric Zemmour obtiendraient ensemble environ un tiers des voix. Et Le Pen est très susceptible de se qualifier pour le second tour contre Macron, dans lequel il devrait prendre une majorité d’électeurs à Zemmour.

La campagne de Zemmour – avec sa rhétorique enflammée et ses vues extrêmes sur la migration – a aidé et n’a fait aucun mal à Le Pen à bien des égards. Il a approuvé la stratégie de « normalisation » de Le Pen ces dernières années, qu’il a utilisée pour essayer d’améliorer l’image de son parti et de le faire paraître plus sérieux.

Comme Bruno Cautrès, politologue à Sciences-Po Paris, l’a expliqué dans un récent article de The Guardian : « La radicalité d’Eric Zemmour a adouci l’image de Marine Le Pen. »

Le succès apparent de la stratégie de Le Pen se voit dans le durcissement de la course. Les sondages prédisent que Macron n’aura qu’une faible avance en cas de second tour contre Le Pen. À titre de comparaison, en 2017, Macron a dépassé Le Pen au second tour et a obtenu 66 % des voix.

Pendant ce temps, l’aile radicale de gauche est également en hausse. Le vétéran politique Jean-Luc Mélenchon est le porte-étendard incontesté de la gauche dans sa troisième campagne présidentielle. En mettant l’accent sur les inégalités et la hausse du coût de la vie, il s’est solidement classé troisième dans les sondages avec près de 17 % des votes attendus.

Il est peu probable que Mélenchon évince Macron ou Le Pen au second tour. Néanmoins, la troisième place sera une preuve supplémentaire que les électeurs français s’éloignent du centre politique.

4- L’ombre de Poutine

Les élections françaises se déroulent sur fond de guerre en Europe et donnent aux électeurs l’occasion de revoir le bilan des candidats sur la Russie.

A part Macron Bon nombre des principaux candidats ont fait preuve de complaisance envers Poutine avant l’invasion de l’Ukraine. Mélenchon, avec sa forte hostilité idéologique envers les États-Unis, a désigné la Russie comme partenaire début 2022. Pour sa part, Zemmour a qualifié Poutine de « patriote » qui défend les intérêts russes. Et Le Pen a publié une photo de lui avec Poutine dans des brochures de campagne, dans une tentative apparente de renforcer leur réputation internationale.

Depuis l’invasion de l’Ukraine, la plupart de ces candidats ont quelque peu changé de ton vis-à-vis de la Russie et de Poutine, ou sont passés à d’autres sujets. Le Pen, par exemple, a recentré sa campagne sur la hausse du coût de la vie et l’impact des sanctions sur les prix de l’énergie. Et les sondages récents ne suggèrent pas qu’ils auront un impact significatif sur les électeurs en raison de leur flirt passé avec le président russe. Au moins, il ne semble pas que cela empêchera Le Pen de revenir au second tour, malgré les récentes tentatives de Macron d’attirer l’attention sur la « tolérance avec Vladimir Poutine » perçue par ses adversaires.

5- abstention

Comme le suggère l’impact apparemment limité de l’attitude des candidats à l’égard de Poutine, la guerre en Ukraine ne figure pas en bonne place sur la liste des préoccupations de la plupart des électeurs.

Avec une inflation dans la zone euro à un record de 5,1% cette année, la hausse du coût de la vie est devenue une préoccupation majeure pour de nombreux Français. Il existe également d’autres difficultés économiques, telles que les coûts élevés de l’énergie et du logement. Et les défis du sac sont également liés à d’autres débats brûlants autour de l’environnement et de l’immigration.

Bien que les dossiers importants ne manquent pas dans la campagne présidentielle actuelle, une ombre d’apathie et de cynisme plane sur eux. Les prévisions suggèrent que nous pourrions voir près de 30% d’abstention au premier tour. Il s’agirait du taux de participation le plus bas depuis 2002.

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Malgier Favager

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