Elections France 2022 : tous les masques de Marine Le Pen | International

Il y a ceux qui se sentent prédestinés à diriger un parti ou même un pays. Et puis il y a ceux qui n’ont même pas eu à considérer ces conceptions parce qu’ils l’ont vécu dès le berceau. Marine Le Pen (Neuilly-sur-Seine, 53 ans), qui tentera pour la troisième fois la présidence française ce dimanche, a grandi au Front national. Car être Le Pen, ce n’est pas seulement appartenir à une famille. Elle fait partie d’un parti indissociable de sa famille et qui, ces dernières décennies, a contraint la France à se voir dans le miroir le plus extrême, celui des aggravations nationalistes et identitaires, celui de la haine des étrangers (immigrés, musulmans) comme l’origine de tous les problèmes d’une nation fragmentée et de classes inconciliables.

Le plus grand mérite de Marine Le Pen est que, une décennie après avoir pris les rênes d’un parti, le reflet fourni par ce miroir obscur a provoqué le rejet de toutes les couches sociales et politiques du pays, celui d’une affable, souriante, familière (amoureuse des chats ! ), proche du « peuple » et de ses préoccupations (malgré le fait qu’elle a grandi dans l’un des quartiers les plus riches de Paris et que même son propre père l’appelait la petite bourgeoise), et pour de plus en plus de « présidentielles » françaises. Bref, une extrême droite qui ne fait plus peur.

Mais qui est Marine Le Pen ? Ce dirigeant est-il endurci dans la politique la plus dure et la plus extrême depuis sa naissance, la politique qui fait trembler les migrants avec un programme qui pourrait les chasser du pays ou les reléguer au bas de la société ? Ou est-ce cette travailleuse infatigable, cette femme affable, mère de trois enfants, qui après ses deux divorces (avec des membres du FN, devenu Regroupement national) a grandi presque seule et partage désormais une maison avec une autre femme, une amie d’enfance, dit-on. les deux et sa demi-douzaine de chats ?

Steeve Briois est vice-président du Rassemblement national et maire d’Hénin Beaumont, la ville du nord du Pas-de-Calais devenue fief de Le Pen et qu’elle représente comme députée à l’Assemblée nationale. « En France, Marine a été injustement diabolisée pendant des années. Les Français ne connaissent pas la vraie Marine Le Pen, ils ne savent pas que c’est une femme de cœur et qu’elle a vraiment de l’empathie pour les Français, et ils ne savent pas qu’elle est courageuse, qu’elle a des ambitions pour le pays, non pour elle. Il veut se battre pour le pays et surtout pour les Français », assure-t-il à EL PAÍS. David Rachline, maire RN de Fréjus Sud puis plus jeune sénateur de France, met en avant la « douceur et l’honnêteté » de son patron. Bien sûr, Rachline, comme Briois ou l’orateur Sébastien Chenu (tous deux homosexuels), sont des figures incontournables de cette nouvelle image du RN que Le Pen veut véhiculer, un parti qui voulait se rajeunir et se débarrasser des étiquettes comme homophobe ou anti -Le sémitisme qui a pesé sur sa progression pendant des décennies.

Ce nouveau visage n’est rien d’autre qu’une tromperie selon ses adversaires. Le Pen « est le candidat d’un clan, l’héritier d’une aventure familiale, le énième Le Pen à affronter les Français en campagne électorale. Ce n’est pas vraiment la candidature du peuple », a averti son rival électoral, le président sortant Emmanuel Macron, dans sa dernière interview télévisée avant le vote de dimanche.

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Ce qui est fascinant chez Le Pen, qui a consacré des biographies entières (non autorisées) à essayer de démasquer sa vraie personnalité, c’est qu’elle peut être simultanément tout ce qu’on dit d’elle, dit Raphaël Llorca, spécialiste de l’extrême droite au Jean Jaurès.

« L’image de Le Pen en femme active qui aime les chats est correcte. Cela ne sert à rien de perdre du temps à prouver que ces éléments sont faux », déclare-t-il lors d’une conversation téléphonique. Pourtant, précise-t-il : « Sans se tromper, ces éléments sont mis au service d’une stratégie plus globale qui cherche à gommer et camoufler l’étiquette d’extrême droite. Je ne pense pas que ce soient deux idées contradictoires, mais que l’une sert l’autre », ajoute l’auteur de Les masques de l’extrême droitequi analyse la stratégie de diabolisation de Le Pen pour se rendre plus présidentiel.

Un processus accéléré pendant le quinquennat de Macron, mais qui a commencé dès que Marine Le Pen a pris les rênes du Front national en 2011. La touche finale est venue en 2018 lorsqu’il a changé le nom du parti hérité de son père en Regroupement national et fondateur, Jean-Marie Le Pen, dont il s’était déjà débarrassé en 2015 en le remplaçant après l’énième propos pro-nazi. avait été exclu de la formation. Depuis lors, il a même abandonné ce putain de nom de famille de la propagande électorale – une autre énorme responsabilité – et se présente aux électeurs simplement comme un Marine. Même si ce n’est même pas son vrai nom.

Marine Le Pen salue un homme lors d’un meeting de campagne vendredi dernier.DENIS CHARLET (AFP)

Marion Anne Perrine est née le 5 août 1968 à Neuilly-sur-Seine, l’un des quartiers les plus aisés de Paris, troisième et dernier enfant de Jean-Marie Le Pen et Pierrette Lalanne. Quatre ans et deux mois plus tard, son père préside le Front national, fondé avec des vétérans de la guerre d’Algérie, des nostalgiques du régime de Vichy et des catholiques traditionalistes, entre autres.

Marine a découvert que la politique n’est pas un chemin facile, surtout quand on la pousse à l’extrême quand elle était Marion, ou Marinou, comme on appelait la benjamine du clan à la maison. Aux premières heures du 2 novembre 1976, une bombe détruit l’appartement du 15ème arrondissement de Paris où vivent les Le Pen. Pour Marine, à un si jeune âge, ce fut un éveil à ce que signifiait être un Le Pen. « Depuis cette nuit-là, je ne peux plus l’ignorer. Je me lance à fond dans la politique à cause de sa facette la plus violente, la plus cruelle et la plus brutale », a-t-il déclaré dans son autobiographie de 2006. contre les radeaux (contre-courant).

« petit bourgeois »

Ce qu’il raconte moins en détail ou plus inventé, c’est la porte d’une vie « petite-bourgeoise » qui s’ouvre à lui dans la même nuit de terreur : les Le Pen s’installent dans la villa qu’un homme d’affaires ami de la famille leur a donnée à Saint- Cloud, une autre des villes les plus prospères de la périphérie parisienne, où selon le journaliste Renaud Dély dans la biographie non autorisée La vraie Marine Le Pen, une bourgeoisie progressiste parmi les fachasElle a « grandi dans le luxe, entre champagne et soirées, les semelles portées sur les dancefloors des lieux branchés ». Le Pen Sr. y vit encore aujourd’hui, commodément détaché – ou réduit au silence – de la politique et des médias sociaux qu’il aime, du moins jusqu’à ce que le processus électoral, dans lequel sa fille risque tout, soit terminé.

Cela n’a pas toujours été le cas. Si elle est devenue membre du FN dès sa majorité et a commencé à travailler dans le parti peu après avoir obtenu son diplôme de droit, Marine ne deviendra pas l’héritière politique de Le Pen. La dauphine désignée était sa sœur aînée, Marie-Caroline. Mais en 1998, alors que le FN est au bord de la scission, Marie-Caroline et son mari Philippe Olivier (aujourd’hui bras droit de Marine) misent sur le rival du père de Le Pen, Bruno Mégret, et rouvrent une plaie familière qui mettra des années à s’effacer. guérir. Cela n’aurait pas été le dernier, ni le premier : des années plus tôt, en 1984 et en pleine divorce d’avec Jean-Marie, la matriarche Pierrette s’était vengée de son ex-mari en posant nue pour le magazine Playboy, ce qui a empêché sa fille Marine de lui parler pendant 15 ans. Après la trahison de sa fille aînée, Jean-Marie choisit la cadette du clan comme héritière politique. A cette époque, Marine, qui vient d’élever Jehanne, le premier de ses trois enfants – les jumeaux Louis et Mathilde sont nés à peine 11 mois plus tard – avec son premier mari Franck Chauffroy, fait déjà ses premiers pas politiques en tant que conseillère régionale.

Marine Le Pen avec son père Jean-Marie Le Pen lors d'un événement de campagne pour les élections générales de 2012.
Marine Le Pen avec son père Jean-Marie Le Pen lors d’un événement de campagne pour les élections générales de 2012.Frédéric Nebinger (Getty Images)

Le saut dans la sphère nationale intervient en 2002, lorsque son père réussit à placer pour la première fois le FN au second tour de la présidence. Au soir du vote final, le FN ne savait pas qui envoyer sur le plateau de télévision pour faire le point sur ce qui signifierait finalement une cuisante défaite de Jacques Chirac (qui a recueilli 82% des suffrages). « Allons marine », dit le père. Une jeune femme aux longs cheveux blonds qui ressemble physiquement beaucoup au patriarche Le Pen – « c’est un clone de son père », dit sa mère Pierrette, pas seulement à cause de la ressemblance physique – et avec une voix forte et râpeuse sort à son visage démontrer. « Mais qui est-ce? » a demandé un autre invité de l’émission et à ce jour également une figure de proue de la politique française: le sénateur socialiste de l’époque, Jean-Luc Mélenchon.

Cette nuit-là, un animal politique est né – ou du moins s’est découvert – qui n’a cessé de grimper les échelons depuis, gravi les échelons du FN et de la politique française : d’eurodéputés en 2004 et 2009 à une première candidature à l’Elysée en 2012. Dix ans plus tard, vous êtes plus près que jamais de votre objectif. Même ainsi, son leadership n’a pas été incontesté, ni exempt de luttes internes et même de trahisons familiales, ce qui est peut-être inévitable dans une famille politique comme le clan Le Pen.

« Meurtre parental ! », s’est exclamé Le Pen père lorsque sa fille l’a expulsé du parti en 2015. Marion Maréchal, qui a rejoint en février ceux qui, à un moment de la campagne, menaçaient la direction de droite de Marine Le Pen, le (pour le moins bien fait) encore ultra-fort Éric Zemmour. Maréchal, qui a également abandonné le patronyme Le Pen, l’avait déjà trahie pour la première fois après la défaite de 2017 en abandonnant la politique et en critiquant sa tante. « La trahison est une coutume en politique », répète souvent Le Pen, non sans allégresse, même si elle a de nouveau soutenu publiquement sa fille récemment. Continuera-t-il à le faire s’il échoue à nouveau ce dimanche ? Dans ce cas, va-t-elle jeter l’éponge ?

Même s’ils le disent à voix basse, pas mal de RN se préparent à un avenir sans Le Pen aux manettes. Cela ne signifie pas, insiste Briois, que la carrière politique de Marine est terminée, comme tant de personnes l’ont proclamé à maintes reprises. « Bien sûr, la lutte politique continuera. Ça ne s’arrêtera pas. La politique est un virus qui s’attrape. Être chanteur, peintre est une véritable passion. La passion de Marine Le Pen est de défendre les autres par la politique. C’est quelque chose qu’il continuera à faire, quelles que soient les circonstances et l’issue », assure son (très) bras droit. Encore une fois, seule Marine Le Pen connaît la vérité.

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